PATIENCE

Infinite Bisous : “Si j’aime encore ce que j’ai fait trois ans après, cela vaut la peine d’être publié”

Mai 13th, 2019

Applaudi en 2017 pour son premier album W/ Love, le britannique que l’on a notamment vu jouer aux côtés de Connan Mockasin ou Mac DeMarco revient cette année avec un nouvel album sobrement nommé Period. Rencontre avec Infinite Bisous dans un bar du 18ème arrondissement, avant son concert au Petit Bain le 19 mai prochain.

La Vague Parallèle : Bonjour Rory ! Comment vas-tu en ce jour pluvieux ?

Infinite Bisous : Très bien, je suis tout le temps à l’intérieur donc ça va.

LVP : Quand et où ce projet a t-il commencé ?

IB : C’était en 2012, je faisais un album appelé Column avec mon frère, en partie en France. Nous avions loué un endroit à Sancerre. J’ai commencé à faire d’autres musiques à côté et je suis arrivé à ce nom un peu idiot, Infinite Bisous, inspiré par les français qui se font tout le temps la bise. J’ai commencé à faire plus de musique en me demandant comment Infinite Bisous devrait sonner. Et puis, petit à petit, c’est devenu la musique qui me représente le mieux.

LVP : Tu as l’air d’avoir un rapport particulier à l’industrie musicale. Tu publies tes albums sans label et sans vraiment les promouvoir par exemple. Pourquoi ?

IB : Je ne crois pas que ce soit un choix de faire comme ça, j’ai simplement fait le choix de ne pas signer quelque part. Chaque fois où j’étais proche de signer avec un label ou un éditeur, je me suis demandé si c’était vraiment la bonne chose à faire. Donc j’ai continue à développer ce que je faisais de mon côté, avec des amis. Nous avons fait les choses le plus simplement et facilement possible, en ligne. Nous avons commencé à presser des disques récemment. J’aime beaucoup faire de la musique mais je ne suis pas très excité par le reste de l’industrie. J’aime bien faire des concerts de temps en temps mais pas trop. Je n’aime pas non plus faire de la promo pour un disque, ou faire de la publicité. Je trouve ça ennuyant. Je ne cherche pas un grand succès ou à jouer devant des milliers de personnes. J’aime bien comment les choses sont aujourd’hui.

LVP : J’ai lu que les chansons de period étaient prêtes depuis déjà un bon moment. Pourquoi attendre autant de temps avant de les sortir ?

IB : Encore une fois ce n’est pas nécessairement un choix, c’est juste que je prends beaucoup de temps à faire un disque. Pour moi, le disque est terminé quand le mix et le mastering sont finis, que la pochette est là. Ça me prend beaucoup de temps pour en arriver à ce stade même si j’ai déjà terminé la musique très tôt. Le premier album W/ Love, je l’ai fait de 2012 à 2014 et il est sorti en 2017. Ce second opus, period, je l’ai fait quand j’ai terminé W/ Love donc de 2014 à 2016 et ça m’a pris beaucoup de temps pour le finaliser. Une autre raison à cela, c’est que si j’aime encore ce que j’ai fait trois ans après, cela vaut la peine d’être publié.

LVP : Le troisième est déjà prêt ?

IB : Oui, il est presque fini (rires) !

LVP : On trouve deux adaptateurs pour prises électriques français/anglais sur la pochette de period. Quel sens donnes-tu à ce visuel ?

IB : J’ai toujours eu ce visuel en tête en faisant l’album. Je savais que ça allait être orange, que ça allait être cette direction et ces prises. Je n’avais jamais utilisé d’ordinateur pour faire ce genre d’illustration donc j’ai dû apprendre comment faire. Sur le premier album, je savais aussi ce que je voulais, et cela m’a pris beaucoup de temps car je voulais que le visuel soit sérigraphié. Je n’ai pas pensé le visuel de period par rapport à son sens. Mais, par exemple, je l’ai montré à mon père et il y a vu quelque chose de sexuel, avec le côté mâle/femelle des prises électriques. Certaines personnes m’ont aussi écrit en me disant que ce visuel leur faisait penser au Brexit.

LVP : Ta chanson period me fait par moment beaucoup penser à Something about us de Daft Punk…

IB : Oh, c’est une de mes chansons préférées et je n’y ai jamais pensé. C’est fou ! J’ai entendu Something about us la première fois quand j’avais 17 ans, au même moment j’écoutais aussi Emotion et Make Love dans l’album Human after all. Je trouvais ces trois chansons incroyables, et j’ai commencé à ce moment-là à me dire que je devrais peut-être emménager à Paris, un peu comme une blague. J’étais dans la maison de mon ami Sam Dust, et on écoutait ces chansons en rêvant de Paris. Et l’année d’après, nous avons rejoint le groupe de Connan Mockasin et nous jouions à Paris souvent. Donc tu as probablement raison, inconsciemment je me suis inspiré de cette chanson. Je n’ai pas du tout aimé Random Access Memories mais les trois premiers albums de Daft Punk sont presque parfaits.

LVP : On lit souvent dans tes albums qu’ils ont été enregistré à dick ark. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce lieu ?

IB : Quand j’habitais en Angleterre, le plus vieux de mes frères qui a huit ans de plus que moi avait un groupe punk appelé Five Dead Men. Ils répétaient dans notre garage et le voisinage détestait ça. Mon père et ses amis ont construit un petit bâtiment dans mon jardin. Ensuite, mon frère est parti à l’université, son groupe s’est séparé et ce bâtiment ne servait plus à rien. J’avais 11 ans et deux ou trois ans plus tard, j’ai décidé d’aménager ce bâtiment en couvrant les murs, en amenant l’électricité. Et depuis, c’est ici que je fais ma musique. Flavien Berger est venu à dick ark. C’est la seule personne personne à y être venu, à part mon meilleur ami et Connan Mockasin. C’est mon endroit préféré.

LVP : Comment vous-êtes vous rencontrés avec Flavien Berger ?

IB : Mon ami Pierre faisait un concert avec Paradis, dans un endroit étrange avec Moodoïd et Flavien Berger. Je connaissais déjà Pierre et Pablo de Moodoïd. J’ai vu le concert de Flavien et j’ai trouvé ça incroyable. Généralement, je n’aime pas trop quand il n’y a qu’une personne sur scène mais c’était très réussi. Et puis, je l’ai revu plusieurs fois et je l’ai aidé pour son deuxième album. Il travaillait aux Studios Ferber et je lui ai dit que ce serait plus facile de venir dans mon studio. Il est donc venu à dick ark pendant une semaine et nous avons travaillé ensemble sur cinq pistes de Contre-temps.

LVP : Je sais que tu joues aussi dans le groupe de Connan Mockasin…

IB : J’ai rencontré Connan il y a huit ans, c’est un de mes meilleurs amis, nous avons fait des disques ensemble. J’ai beaucoup appris avec lui. Quand j’ai rejoint son groupe, j’étais un très grand fan de son travail, en fait c’était le seul groupe que j’aimais. J’ai un poster de Connan Mockasin à dick ark ! C’est un musicien qui a beaucoup d’intuition et il est très naturel.

LVP : Quels sont tes meilleurs souvenirs de scène ?

IB : Quand nous avons joué à La Cigale avec Connan la première fois, c’était vraiment super, j’aime beaucoup cette salle. Nous avons aussi joué au Bremen Teater à Copenhague. C’est un ancien cinéma porno, le public était incroyable. J’ai aussi beaucoup aimé mon concert à Point Éphémère.

LVP : Et enfin, quels sont tes projets en cours ?

IB : J’ai quelques concerts à venir, avec Connan et avec Infinite Bisous. Je finis le troisième album, j’en suis à quelque chose comme 65%. J’ai aussi un projet sur lequel je ne peux pas dire grand chose sinon nous ne le ferons pas. Je peux juste dire que nous avons à faire des centaines de chansons !

Les deux premiers albums d’Infinite Bisous sont disponibles sur toutes les plateformes. Il sera en concert au Petit Bain à Paris le 19 mai prochain.